Historique

Municipalité

Béthanie fait partie de la MRC d’Acton située dans la région administrative de la Montérégie. La municipalité s’étend sur une superficie de 47,29 km2.

La population se chiffre à 332 personnes.

Des terres agricoles productives ainsi que des forêts mixtes de feuillus et de conifères composent l’environnement de Béthanie. La rivière Noire traverse la municipalité. Au printemps, à la fonte des neiges, la descente de la rivière en kayak attire les amateurs de cette activité sportive.

Paroisse

Souvenirs d’autrefois

Avant-propos

 Le dimanche six septembre mil neuf cent quatre-vingt-dix-huit, nous nous étions rassemblés à Béthanie où se déroulait une journée culturelle ayant pour

thème « Les souvenirs de notre patrimoine ».

Pour préparer cet évènement, une équipe de citoyens (Anna Desmarais, Rita Demers, Laurent Blanchette, Gilles-Yvon St-Onge et moi-même) s’est réunie autour d’une table afin de se remémorer des souvenirs du passé.

Simplement, j’ai transcrit lesdits souvenirs en y ajoutant des précisions pour compléter l’information et mieux nous situer dans le temps.

Alors, je vous souhaite une bonne lecture et je vous laisse à ces souvenirs.

Béthanie

Pour se situer historiquement, il est important de mentionner que les terres que nous occupons présentement appartenaient à la Couronne britannique.

 En 1832, deux marchands britanniques, Moffat et McGill qui sont établis à Montréal, forment une compagnie, la British American Land Company pour accélérer le développement des terres du Bas-Canada.

 Un an plus tard, soit en 1833, un accord se conclut entre Lord Stanly, secrétaire d’État aux colonies et la compagnie foncière. Le gouvernement britannique cède au B.A.L.C plus de 800 000 âcres de terres formant les Townships des Cantons de l’Est. Le terme township est utilisé pour représenter une division géométrique de l’espace à usage cadastral.*(1)

 Notre municipalité fait partie du Canton d’Ely institué en 1802. Le territoire de la municipalité a d’abord été érigé sous l’appellation de municipalité du Canton d’Ely-Ouest en date du 22 mars 1920. Ce nom rappelle une ville du comté administratif d’Isle Of Ely dans le Cambridgeshire en Angleterre, soit le nom de Charles Loftu, le premier marquis d’Ely.*(2)

 Une reprise de l’immigration loyaliste américaine nous amène Ira Bartlett de Béthel dans le Vermont. Il s’installe le premier dans le nord du township en 1830. La colonisation de Béthanie s’effectue donc du nord au sud.

 Quelques familles canadiennes et irlandaises s’établissent aux environs du coin du rang de Ste-Geneviève. D’autres se dispersent dans les rangs ou sur le chemin de la Grande Ligne. Parmi ces familles, on retrouve les Lancaster, Truax, Norris, Demers, Brisebois, Brin, Lavallée, Clark, Daudelin, Laplante, Latour, Hamilton, Hambleton, O’Burn et les Favreau.

 À l’emplacement actuel de l’atelier de soudure de Noël Favreau, il y avait la beurrerie de Rodalpha Favreau. Donc, au fil du temps, quatre générations se sont succédé à cet endroit. D’ailleurs, nos défricheurs nommaient cet arrondissement Bethany et ils l’orthographiaient comme Noël sur ses affiches publicitaires.

 Le choix de l’appellation de Bethany repose probablement sur un motif religieux. La Bible enseigne que Jean-Baptiste baptisait à Béthanie sur le Jourdain. Or, dès 1796, un pasteur baptiste, le révérend William Marsh, établissait une Église baptiste qui allait devenir le noyau d’un réseau qui s’étendait de Bromont à Standsted, Hatley, Compton et Ascot. Comme les Églises baptistes préconisaient le baptême des croyants, il est possible que cette thématique biblique ait inspiré l’appellation municipale.*(2)

 Près de la beurrerie, Joffrey Lavallée possédait une boutique de forge. En face, Harley Lancaster tenait un magasin général et un bureau de poste.

 Deux écoles offraient l’enseignement soit l’école catholique française et l’école anglaise de religion méthodiste. Yvon Lamarche a construit sa maison sur les ruines de l’école française. L’école anglaise a été déménagée au coin du rang de Ste-Geneviève. Il ne reste plus de traces de l’église méthodiste, elle aurait été déménagée au village où Jean Bombardier l’utilisait comme garage. De la route, on aperçoit toujours le petit cimetière sur la terre de Richard Demers. Sur une des pierres tombales, on peut lire une pensée tirée de la bible « Comme nous avons porté l’image de ce qui est terrestre, nous portons l’image de ce qui est céleste.» Cette pensée résume parfaitement la vie, de cette époque tout en nous apportant un message d’espoir pour le futur.

 C’est en 1962 que la municipalité reprendra le nom de Béthanie, adaptation française de Bethany du nom de l’ancien bureau de poste ouvert en 1899 puis fermé en 1915.*(2)

 La paroisse du Très Saint-Enfant-Jésus d’Ely

 La rivière Noire constitue une source d’énergie exploitée par nos courageux ancêtres qui ont érigé sur son parcours, en bas de la grande côte, une beurrerie, un moulin à farine et un moulin à scie.

 En 1915, les familles établies présentent une requête à l’évêché pour l’obtention d’une paroisse et la construction d’une église catholique. Cependant, cette construction pose un dilemme : où construire cette nouvelle église? Le centre de la paroisse se situe aux alentours du cimetière et Monsieur André Beauregard a offert généreusement le terrain propice à la construction de l’église.

 « En l’an mil neuf cent quinze le huitième jour de septembre. Devant P.J.S. Pelletier. Notaire pour la province de Québec, résidant à Valcourt dans le district de Bedford, soussigné a comparu : André Beauregard, cultivateur du canton d’Ely, dans ledit district. Lequel a par les présentes vendu et cédé avec garantie de tous troubles, à la corporation épiscopale Catholique Romaine du Diocèse de Sherbrooke, ayant son siège d’affaires à la ville de Sherbrooke dans le district de St-François, agissant et représenté aux présentes par sa Grandeur Monseigneur Olivier Chalifoux, Évêque auxiliaire du dit diocèse de Sherbrooke domicilié à ladite ville aux termes d’une procuration passée devant le Notaire Sylvestre en date du vingt-sixième jour de février mil neuf cent quatre. Ledit mandataire présent et acceptant acquéreur pour ladite corporation Épiscopale Catholique Romaine du dit Diocèse de Sherbrooke, un morceau de terre formant le coin nord-ouest du lot huit cent quarante (840) des plans et livre de renvoi officiel du dit canton d’Ely…»*(3)

 Par contre, l’emplacement actuel du village était passablement développé. Les cultivateurs défrichaient courageusement leurs terres qui en retour les récompensaient de leur labeur. La beurrerie fonctionnait durant la belle saison. Monsieur Gingras avait ouvert sa boutique de forge et la famille Plante son magasin général. De plus, Monsieur François Beauregard, avait offert gratuitement le terrain nécessaire pour la fameuse construction de l’église.

 «En l’an mil neuf cent quinze le huitième jour de septembre. Devant P.J.S. Pelletier. Notaire pour la province de Québec, résidant à Valcourt dans le district de Bedford, soussigné a comparu : François Beauregard, cultivateur du canton d’Ely, dans ledit district. Lequel a par les présentes vendu et cédé avec garantie de tous troubles, à la corporation épiscopale Catholique Romaine du Diocèse de Sherbrooke, ayant son siège d’affaires à la ville de Sherbrooke dans le district de St-François, agissant et représenté aux présentes par sa Grandeur Monseigneur Olivier Chalifoux, Évêque auxiliaire du dit diocèse de Sherbrooke domicilié à ladite ville aux termes d’une procuration passée devant le Notaire Sylvestre en date du vingt-sixième jour de février mil neuf cent quatre. Ledit mandataire présent et acceptant acquéreur pour ladite corporation Épiscopale Catholique Romaine du dit Diocèse de Sherbrooke, un morceau de terre formant partie du lot huit cent quarante-trois (843) des plans et livre de renvoi officiel du dit canton d’Ely……»*(3)

 Finalement, Monseigneur l’évêque tranche le débat, un terrain servira à la construction de l’église et l’autre à l’emplacement du cimetière.

 Monseigneur Paul Larocque accède à la demande des paroissiens. L’évêque nomme l’abbé Hector Courtemanche comme responsable de la paroisse du Très-Saint-Enfant-Jésus érigée canoniquement et civilement les 8 octobre 1915 et 13 janvier 1916 respectivement.*(2) En attendant la fin de la construction de l’église, l’abbé Courtemanche célébrait la messe à l’école.

 L’année 1916 marque le début de la construction de l’église. Monsieur Audet est l’architecte choisi et Monsieur Bilodeau supervise cette magnifique construction. La bénédiction de l’église a eu lieu le 29 septembre 1917 par Monseigneur Chalifoux. On lui donna le nom de l’Église de l’Enfant-Jésus d’Ely.

 Dans la paroisse, la première messe de minuit a été célébrée le 25 décembre 1916. Comme l’intérieur de l’église n’est pas terminé, les nouveaux paroissiens utilisèrent des planches supportées par des barils de clous pour remplacer les bancs. Après la construction de l’église, il y a eu la construction d’une écurie pouvant contenir cinquante chevaux. La salle paroissiale avait été aménagée au deuxième étage de l’écurie. Cette salle était utilisée pour les grands rassemblements comme les tombolas, les noces et les soupers paroissiaux.

 La municipalité

Pour sa gouvernance, notre municipalité faisait donc partie de l’assemblée de formation de la partie ouest du canton d’Ely. L’assemblée de formation de la municipalité eut lieu le 24 avril 1920. Le maire et les conseillers ont été nommés par le lieutenant-gouverneur de la province de Québec. Le premier maire fut François Beauregard avec Rodrigue Blanchette comme secrétaire municipal. Les premiers conseillers siégeant au conseil étaient Jean-Baptiste Archambault, Jules Demers, Damase Daigneault, Laurent Brouillette, Charles Norris et Ben Truax. Deux inspecteurs agraires, dix inspecteurs de voirie, trois évaluateurs et deux gardiens d’enclos ont été nommés pour veiller à la bonne marche de cette nouvelle organisation sociale.

La première nomination au conseil a été tenue le 12 janvier 1921 où ont été élus conseillers Laurent Brouillette, Fred Clark, Charles Norris et Damase Daigneault comme maire.

La salle publique pour la tenue des assemblées appartenait à François Beauregard. Il louait cette salle à la municipalité pour la modique somme de 37.50$ par année. Il était tenu de fournir la table et les chaises ainsi que le chauffage et l’éclairage du local.

Les écoles de rang

La paroisse comptait cinq écoles de rang. D’après les registres, l’école du Sacré-Cœur se situait dans le rang Dérome. Il y avait aussi l’école St-Antoine, l’école St-Joseph et l’école Ste Thérèse.

 Vous souvenez-vous de vos enseignantes? Voici les noms qui apparaissaient dans les registres des classes : Dolorès Lemay, Cécile Desbois, Violette Beauregard, Clémence Archambault, Janine Latour, Gisèle Latour Anita Blanchard, Lucina Beauregard, Marie-Claire Allard, Thérèse Messier, Jeanne d’Arc Dérome, Estelle Beauregard, Anne-Marie Lamarche, Georgette Petit, Blanche Beauregard, Huguette Fillion, Clérinda St-Pierre, Mme Bisaillon, Bernadette Boissonneault, Gabrielle Lambert, Jeannine Plante, Cécile Côté, Laurette Petit, Albina Marchand, Béatrice Racicot Cécile Gagné, Julia Beauregard, Marie-Claire Lavallée, Lucille Deslandes, Mme Cartier, Olivette Lavallée, Mme Petit, Jacqueline Gagné, Monique Brasseur, Claire Normandin, Yvonne Demers, Lise Labrecque, Monique Demers et Pauline Poitras.

 Les écoles accueillaient l’inspecteur à deux reprises au cours de l’année scolaire. Il gratifiait ou semonçait l’enseignante selon les réponses des élèves et selon leur assiduité. Monsieur l’inspecteur donnait un congé de devoirs aux élèves en guise de récompense.

 À la fin de l’année, les commissaires accompagnés de Monsieur le Curé faisaient la tournée des écoles afin de remettre le prix de l’assiduité en classe. Ils signaient aussi le registre de la classe visitée en soulignant parfois le travail ardu de l’institutrice comme en témoigne cet éloge «Nous avons fait subir un examen sérieux à tous les élèves de l’école St-Joseph dirigée par Clémence Archambault. Malgré le nombre élevé d’élèves(34), le résultat démontre le dévouement de l’institutrice ainsi que le travail assidu des élèves. Les quelques déclamations présentées nous laissent voir que l’école est un endroit de culture. J’attribue une mention honorable et la note d’excellence pour la tenue des élèves et de la classe.» J.Edmond Lemire (prêtre)

En 1960, nous assistons au début de la Révolution tranquille avec la réforme de l’éducation soutenue par les travaux de la commission Parent du nom de son président MRG Alphonse-Marie Parent. Cette commission royale d’enquête fait le point sur la situation de l’enseignement à travers la province. Le ministère de l’Éducation est mis sur pied avec la vocation de maximiser l’accès à l’éducation.*(4) Les écoles de rang disparaissent peu à peu et sont remplacées par les écoles centrales. La nôtre fut justement bâtie en 1960.

 Conclusion

Ce voyage dans le passé a été une occasion bien spéciale de rendre hommage à nos ancêtres. C’était aussi l’occasion idéale pour partager nos souvenirs, partager la joie d’être ensemble et surtout partager le présent, car la vie au jour le jour construit l’essence de notre culture. J’espère que comme moi, vous êtes fiers de vivre ou d’avoir vécu à Béthanie.

 Huguette Desmarais

*(1) Histoire des Cantons de l’Est, Jean-Pierre Kestemean, Peter Southam, Diane St-Pierre

*(2)La Société de généalogie des Cantons de l’Est Inc, publication 102, Baptêmes, mariages , sépultures et annotations marginales de Sainte Marie de Maricourt et Très-Saint-Enfant-Jésus de Béthanie comté de Shefford 1893-2008

*(3) Site du Registre Foncier du gouvernement du Québec et du Canada

*(4) Wikipedia

Béthanie
Par Monsieur Gérard Marcoux
Vice-président de la société historique de comté de Shefford

 Dès sa fondation, le comté de Shefford a été divisé en six cantons : Milton, Roxton Falls, Ely, Granby, Shefford et Stukely.

 Le canton de Milton fut institué le 29 janvier 1803, celui de Roxton le 8 janvier 1803, celui de Granby le 29 janvier 1803, celui de Stukely le 8 novembre 1800, celui de Shefford en 1801 et celui d’Ely fut institué en canton par un acte signé et scellé par Sir Robert Shore Milnes, lieutenant-gouverneur de ce temps, le 13 novembre 1802.

 Les premières demandes d’emplacements furent faites assez tôt au commencement du siècle, mais le mouvement de la colonisation fut lent pour plusieurs années. Parmi ceux qui ont travaillé énergiquement à la colonisation, mentionnons les noms suivants : Colins, Darby, Lay, Putney, Wales, Westover et Wright. Des lotissements furent accordés à Isaac Clark, Louis Bourdage et Angélique Pottier. M. Clark divisa sa terre entre ses fils Georges, Fred, John et Paul. Plus tard vinrent William Norris et ses fils Georges, Tom et Archie (1869-1958) ainsi que William Lancaster et sa famille puis Baptiste Demers et sa famille.

 La plupart des colons étaient dans la partie sud du canton où la population est canadienne-française. Les Canadiens anglais étaient plutôt du côté nord et du côté est. En 1830, la famille Bartlett de Béthel au Vermont, vint s’établir dans la partie nord du canton et pour plusieurs années, leur premier voisin était à dix milles d’eux. Subséquemment, les immigrants irlandais commencèrent à se joindre aux premiers colons et à cet arrondissement, ils donnèrent le nom de Bethany.

 À Bethany, les premiers colons étaient les Clark, les Norris, les Lancaster et les Demers. William Lancaster tenait le bureau de poste dans son magasin général. En face, il y avait la beurrerie et fromagerie des Favreau. Il y avait aussi la chapelle des méthodistes que le révérend Massicotte, Ministre-Missionnaire d’Acton Vale, venait desservir. Dans le cimetière adjacent à la chapelle apparaissent encore des épitaphes sur lesquelles on retrouve les noms de quelques vieilles familles telles que Norris et Putney. La chapelle fut vendue et transportée au village de Béthanie où elle a servi de garage à M. Jean Bombardier.

 La majorité des colons anglais étaient des soldats qui avaient combattu comme royalistes pendant la révolution américaine de 1776 et à qui le gouvernement avait accordé des lotissements en récompense de leur loyauté au roi Georges 111.

 Un embranchement de la rivière Noire traverse le canton de Stukely Nord en passant par Roxton Falls dans laquelle se déversent plusieurs ruisseaux. Sur les bords de cette rivière, à environ trois milles de Bethany, monsieur St-Pierre avait fait construire un moulin à scie. Les colons s’établirent donc de préférence à cet endroit, ce qui développa un nouveau centre d’habitations que les colons nommèrent l’Enfant-Jésus d’Ely. Malheureusement, monsieur St-Pierre s’est noyé un printemps en exécutant des travaux à la digue. Le moulin a alors été vendu à Louis Beauregard.

 Le premier colon de l’Enfant-Jésus d’Ely fut François Beauregard mieux connu sous le nom de France Beauregard. Vinrent ensuite André Beauregard, Joseph St-Onge (1872-1936), et Stanislas St-Onge (1879-1968) qui arriva en 1893 à l’âge de quatorze ans. Peu après arrivèrent Félix Plante (1872-1948), Baptiste Archambault, Elzéar Petit, un nommé St-Armand et Rodrigue Blanchette (1883-1965).

 Le colon devait défricher un coin de terre pour y construire une cabane en bois rond ainsi qu’une étable. La vie y était dure, car nos ancêtres n’avaient pas les instruments que nous connaissons aujourd’hui. Ils devaient défricher la terre à la bêche ou à la pioche afin d’ensemencer un peu de blé et d’avoine entre les arbres et les souches, en plus de travailler au moulin à scie pour la plupart.

 Le premier animal qu’ils achetaient était une vache qui leur fournissait le lait, le beurre et le fromage pour la famille. L’industrie première était la coupe du bois que les colons vendaient au moulin à scie qui le préparait pour la construction et le faisait transporter à Roxton où passait le South-Estern Railway ou à Acton où passait le Grand Tronc pour être expédié vers les grands centres pour l’exportation.

 Dans l’industrie première peut aussi entrer en considération la récupération de l’écorce de chêne qui était utile aux tanneries. L’écorce de chêne possède la propriété de rendre les peaux d’animaux imperméables et imputrescibles pour la fabrication du cuir.

 Les colons s’intéressaient aussi à l’industrie de la potasse. Ils brûlaient leur plus beau bois, nettoyaient les cendres et les transportaient à Lawrenceville dans des sacs de cuir posés sur leur dos. D’autres marchaient jusqu’à Sorel pour obtenir un meilleur prix. Cette potasse était expédiée en Angleterre où elle était traitée pour servir à fabriquer des explosifs. Les colons employaient aussi les cendres comme engrais dans leur jardin ou ils s’en servaient comme lessive pour fabriquer du savon.

 De plus, les colons s’intéressaient à l’industrie du chapeau. En été, lorsque le blé était coupé à la fossile, de la tige on enlevait l’épi qui servait à produire la farine. Puis, on conservait précieusement la paille pour la confection des chapeaux que les femmes et tous ceux qui ne travaillaient pas au-dehors, façonnaient l’hiver. La paille du blé était alors trempée et enroulée dans un linge humide pour lui conserver sa souplesse. La première opération consistait à passer la paille dans une presse. Ensuite, elle était nattée et les bouts qui dépassaient étaient proprement coupés. Elle était cousue avec du fil passé à la cire d’abeille sur une forme en bois pour former la calotte, puis on faisait un bord de la largeur désirée. Lorsqu’une certaine quantité de chapeaux était prête, on creusait un trou profond dans un banc de neige où on accrochait les chapeaux de haut en bas. Dans un grand chaudron de fer, on plaçait des tisons rouges sur lesquels on jetait du soufre. On refermait hermétiquement l’ouverture. Après un certain temps, cette opération blanchissait la paille. Alors, les chapeaux étaient sortis de cet endroit. Ils étaient prêts pour la dernière opération qui consistait à les repasser pour leur donner un beau fini et une apparence soignée. Finalement, ces chapeaux étaient alors transportés à Waterloo afin d’être vendus pour la modique somme de 25 cents chacun. (1)

 (1)   Résumé d’un article paru dans La Voix de l’Est (1964) intitulé : Une page de notre petite histoire régionale

 Huguette Desmarais

Patrimoine religieux

Les cimetières de Béthanie

 Le cimetière paroissial fait partie de notre patrimoine religieux. Son aménagement en rehausse la valeur et il est entretenu fièrement. On peut l’admirer en passant, s’arrêter pour marcher entre les pierres tombales, se recueillir et se souvenir de ceux qui nous ont quittés pour l’éternité.

 Connaissez-vous l’emplacement d’un deuxième lieu de sépulture sur le territoire de notre municipalité? Je vous parle du petit cimetière attenant à l’Église méthodiste disparue depuis longtemps. Au premier coup d’œil, il n’est pas visible du chemin. Il est érigé à environ trois kilomètres de l’autre, sur un bout de terrain entre l’emplacement de Jean-Marc Demers, Richard Demers et Jacques Desmarais. Des arbustes et des arbres l’entourent et le protègent. Un pin probablement centenaire, tel un phare, indique l’endroit.

 Les onze pierres tombales et les quatre plaques au sol apparaissent comme les seuls vestiges qui restent de ces familles aujourd’hui disparues, les Carter, les Norris et les Larivière. On arrive à déchiffrer les noms, les années des naissances et des décès. Un verset tiré de la bible nous laisse cette touchante leçon de vie : « Comme nous avons porté l’image de ce qui est terrestre, nous portons l’image de ce qui est céleste. »

 J’ai le vague souvenir d’un Anglais de Richmond qui ratissait le cimetière tous les ans. Devenu âgé, il avait passé le flambeau à Aldège Favreau qui a fait sa part afin d’éviter l’envahissement des branches. Maintenant, il paraît que chaque année, des gens de l’extérieur participent à l’entretien de ce lieu précieux.

 Je fais l’humble vœu que cet endroit soit connu de vous tous, qu’il garde son cachet simple de recueillement et surtout qu’il soit respecté.

 *Monsieur Douglas Smith de Melbourne faisait l’entretien de ce cimetière. Vu son âge avancé, il souhaitait passer le flambeau à quelqu’un de la municipalité. Désormais, Noël Favreau assumera cette tâche.

Huguette Desmarais

Les croix de chemin

 Depuis la plus haute Antiquité, la croix officialise un symbole ancré dans nos traditions sociales. Des chercheurs auraient même retrouvé une croix en marbre dans des fouilles archéologiques en Crête datant du XVe siècle avant Jésus-Christ. Pour la chrétienté, la croix incarne plus précisément la mort de Jésus-Christ. À travers les époques et les régions, on retrouve différents types de croix comme la Croix de St-Antoine, la Croix de St-André, la Croix de St-Pierre, la croix basque, la croix celtique, la croix serbe, la croix russe, la Croix de Lorraine, la croix Malte, la croix gammée, la croix noire de la tempérance et la Croix rouge. (1.)

 Autrefois, les Québécois avaient la coutume d’ériger des croix sur leur terre ou à des endroits stratégiques de la paroisse pour honorer une promesse, un vœu, pour commémorer un évènement ou pour marquer leur lot. Cette tradition nous vient des premiers colons français. Notre Histoire du Canada nous apprend que Jacques Cartier a pris possession du territoire en plantant une croix à Gaspé en 1534 au nez des braves Amérindiens qui vivaient depuis toujours sur ces terres. Pour sa part, Le Sieur de Maisonneuve fit la promesse de planter une croix sur le mont Royal en 1643 pour sauver sa jeune ville des inondations.

 Selon les sources du Dictionnaire des symboles, le pied de la croix enfoncé dans la terre signifie la foi solidement ancrée dans de profondes fondations. La branche supérieure de la croix indique l’espérance dirigée vers les cieux. La largeur de la croix représente la charité et sa longueur est associée à la persévérance, l’arbre de la vie et les chemins de la vie. (2.)

 En passant devant une croix, il est d’usage pour les hommes de saluer en levant leur chapeau. Les femmes et les enfants se signent en faisant le signe de la croix, cette première prière apprise sur les genoux de nos mères. Se signer de la croix était toujours un appel au secours, un signe où se croisaient la vie et la mort, un pont entre le ciel et la terre. (3.)

 Dans mes souvenirs, à Béthanie, on retrouvait ces croix de chemin devant nos écoles de rang et devant quelques maisons. Maintenant, à ma connaissance, il reste seulement trois croix de chemin.

 Je dresse un aperçu de la croix érigée vers 1920 sur la bordure de la terre appartenant alors à monsieur Théotime Blanchard à la croisée du chemin Monty et du 10e rang.

 Moïse Blanchard, le fils de monsieur Théotime, veille à la conservation solennelle de cette croix précieuse. Selon Moïse, cette simple croix de bois de cèdre peinte en blanc montée sur un socle aurait été construite pour remplir une promesse. Elle existe parce qu’une famille avec une grande foi implorait une guérison pour mettre un terme à leur grand chagrin causé par le fléau de l’alcoolisme. Un bon voisin avait la réputation de lever le coude. Malgré la campagne de tempérance menée par les curés et les prières de sa femme, notre homme succombait toujours à la divine bouteille. Il a eu la bonne idée d’ériger une croix en bordure de la route pour l’aider à se sortir de son problème. Il vient donc trouver monsieur Théotime et lui  demande de lui accorder un bout de terrain pour construire ladite croix. Monsieur Blanchard acquiesce à cette quête.

 Elle était très belle. Autrefois, elle était ornée avec des cisailles, un cœur rouge, l’inscription INJR  pour Jésus le Nazaréen Roi des juifs, un marteau et une échelle rappelant la passion du Christ. Au mois de mai, les gens du coin s’y rendaient pour les dévotions du mois de Marie.

 La croix a été retapée quelques fois, car le vent, les intempéries et l’usure du temps accomplissent toujours leur œuvre. Lucille et Moïse avaient ajouté une niche contenant la statue de l’Enfant-Jésus et la statue de la Sainte-Famille. Ils fleurissaient le site pour que ce soit accueillant, mais les statues et les fleurs disparaissaient comme par enchantement.

 De nos jours, la croix se dresse simplement entourée d’un gazon vert frais tondu et d’une petite clôture blanche. Le cœur rouge et l’inscription INJR la décorent. Souvent, des gens s’arrêtent encore pour prier. D’autres demandent s’ils peuvent prendre une bouchée sur le terrain avant de se rendre à Ste-Anne de La Rochelle à pied.

 La croix a failli disparaître avec la restauration du chemin Monty. Les ingénieurs civils craignaient que les mauvaises herbes et les quenouilles envahissent le terrain et nuisent à la vue des automobilistes. Ces bureaucrates ne connaissent pas la ténacité discrète de Moïse qui prend soin de la croix comme la prunelle de ses yeux.

 Par ce texte, j’exprime toute ma gratitude à Moïse et Lucile, je vous remercie d’entretenir cette croix, un des derniers vestiges de notre patrimoine. Je me croise les doigts pour qu’on l’admire encore longtemps…

 1. Encyclopédie Wikipedia sur internet

2. Dictionnaire Des symboles jean Chevalier et Alain Gheerbrant

3. Raoul Duguay dans Les croix de chemins au temps du bon Dieu aux éditions du Passage)

 Huguette Desmarais